Page:Procès-verbal de la Commission Municipale du Vieux Paris, 1898, 5.djvu/4

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lettre suivante de M. Lucien Lambeau, secrétaire de la Commission, au lendemain de la dernière séance :

« Paris, le 8 mai 1898.

Monsieur le Président,

Quelques travaux de remaniement de locaux viennent de mettre à jour, dans le passage Saint-Pierre (rue Saint-Antoine), trois travées du charnier du cimetière de Saint-Paul.

Ces charniers, dont l’existence est d’ailleurs parfaitement connue, avaient été aménagés en maison d’habitation et les baies carrées bouchées par des cloisons légères ou des fenêtres en bois. Aujourd’hui, en raison des travaux signalés, les cloisons et les fenêtres sont tombées, laissant voir l’état, primitif des charniers.

Chaque baie mesure environ quatre mètres d’ouverture, un contrefort en saillie avec pied mouluré les sépare.

L’une de ces travées, par suite de la démolition des cloisons de brique et de bois qui l’obstruaient, est absolument intacte ; elle est divisée par le milieu, entre les deux contre-forts, par une colonne d’ordre dorique que les ouvriers viennent de débarrasser du plâtre qui l’entourait.

Cette travée restée complète est exactement conforme à la reproduction de ces charniers donnée par M. Hoffebauer dans son deuxième volume (quartier de la Bastille, page 9).

Le petit auvent en tuiles d’environ 60 centimètres de pente courant au-dessus des baies est encore intact et tel que le montre la gravure en question.

Je viens de vous dire qu’une travée est restée complète, une autre l’était il y a quelques jours, aujourd’hui elle ne l’est plus, car je viens de voir la colonne dorique qui la séparait en deux, jetée, en morceaux, dans un coin de la cour. Elle a été remplacée par un pilier en briques.

Un trou creusé à une profondeur de 70 à 80 centimètres dans le sol de la travée demeurée entière a mis à découvert des ossements humains qui y sont encore déposés.

Je tenais, Monsieur le Président, à vous signaler immédiatement ces vestiges très importants qui, dans peu de jours, seront ensevelis à nouveau sous le plâtre et les briques et dont quelques reproductions photographiques me paraissent absolument nécessaires. Mais il faut se hâter, car les matériaux sont tout prêts et l’impitoyable maçon, dans quelques heures peut-être, aura fait son œuvre.

Je vous prie d’agréer, Monsieur le Président, l’assurance de mes meilleurs sentiments,

Lucien Lambeau,
Secrétaire de la Commission du Vieux Paris.»


M. Alfred Lamouroux ajoute que M. G. Cain, conservateur du musée Carnavalet, à bien voulu, sur sa demande, faire faire d’urgence une reproduction photographique de la travée demeurée intacte du charnier en question.

M. Lucien Lambeau signale à ce sujet, à la Sous-commission des fouilles, que ce matin, 2 juin, des ouvriers terrassiers travaillant à l’agrandissement du lavoir situé dans le passage Saint-Pierre ont mis à jour, à une profondeur d’environ 2 m. 50 c., un mur de 2 mètres de largeur d’une maçonnerie de gros appareil qui parait antérieure aux charniers encore existants et aux constructions de cette vieille nécropole parisienne.

Ce mur, qui traverse l’enclos de l’ancien cimetière Saint-Paul, à peu près par le milieu, du Nord-Ouest au Sud-Est, est construit au-dessous du sol de ce cimetière puisque, pour le mettre à jour, il a fallu enlever des terres remplies d’ossements.

Détail particulier : au niveau de ce mur et loin des charniers, les ouvriers découvrirent des lits d’ossements symétriquement rangés et tels qu’on les disposait dans ces derniers, alors que dans le sol situé au-dessus de ce mur d’autres ossements sont retrouvés épars de tous côtés.

M. Gosselin-Lenôtre dit que les vieux habitants du quartier prétendent que la tombe de l’homme au masque de 1er existe encore et se trouve dans le coin d’un jardin de la rue Beautreillis, 17, situé sur l’emplacement de ce même cimetière.

M. Viollet, sans se prononcer sur l’emplacement, rappelle que l’inscription gravée sur cette tombe existe encore et est parfaitement connue.

M. Alfred Lamouroux donne lecture des communications suivantes de M. Charles Lucas :

Paris, le 29 mai 1898.


« À M. Alfred Lamouroux, vice-président de la
Commission plénière du Vieux Paris.


Monsieur et honoré président,

J’ai, suivant le désir qui m’en avait été