Page:Procès-verbal de la Commission Municipale du Vieux Paris, 1898, 6.djvu/18

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sans. Des moyens de conservation et d’appropriation dans la construction des édifices nouveaux pourraient être étudiés pour permettre de garder dans leur milieu ces souvenirs des arts de l’habitation qui brillèrent d’un si grand éclat à Paris.


2e Sous-commission.

M. Charles Sellier donne lecture du rapport suivant :

« Rapport présenté par M. Charles Sellier, au nom de la 2e Sous-commission, relativement aux découvertes faites dans les fouilles exécutées récemment dans Paris pour travaux divers.
Messieurs,

« À la suite de son intéressante communication, faite au cours de notre dernière séance, relativement à l’existence de quelques vestiges de l’ancien charnier du cimetière Saint-Paul appelés à disparaître pour cause de remaniements de constructions, M. Lucien Lambeau nous a en outre informés que les terrassiers, alors occupés à creuser une fouille pour l’agrandissement d’un lavoir, venaient de mettre à jour, au droit des restes de ce charnier, un massif de maçonnerie assez important, paraissant antérieur à la construction de celui-ci.

« Conformément à l’invitation de la Commission, je me suis immédiatement rendu sur place, accompagné de MM. Charles Normand, Laugier, Lucien Lambeau et Tesson, à l’effet d’examiner la découverte en question ; mais nous ne pûmes ce jour-là nous en rendre compte, la fouille n’étant pas suffisamment avancée. J’y retournai le lendemain ; cette fois la fouille était terminée. Je pus alors constater en effet qu’on se trouvait là en présence d’un massif de maçonnerie traversant obliquement la fouille du sud-est au nord-ouest sur deux mètres d’épaisseur et dont il nous a été impossible d’établir l’identité. Il y avait contre ce mur un amas de troncs de colonnes et de marches d’escaliers de taille très fruste inachevées, sans doute abandonnés là depuis un temps indéterminé.

« Cependant les choses les plus intéressantes en cette affaire sont très certainement les vestiges de l’ancien charnier Saint-Paul. Aussi y revenons-nous aujourd’hui, non point pour répéter ce qu’en a déjà si bien dit M. Lucien Lambeau, mais pour essayer de rappeler l’ancien état des lieux, dans leur ensemble comme dans leur situation.

« On arrivait jadis dans le cimetière Saint-Paul par deux accès : directement par le passage Saint-Pierre (rue Saint-Antoine, 164), et par les dépendances de l’ancienne église, on atteignait l’entrée des charniers qui, prolongée, continue le passage et a son issue rue Saint-Paul, 54. Les deux branches du passage se réunissent à angle droit devant une grille contemporaine des charniers et encore existante : c’était la grille d’entrée du cimetière.

« Si l’on venait par la rue Saint-Paul, on pénétrait dans une longue cour bordée au Nord par les bâtiments ou logeait le clergé de la paroisse, et au Midi par les murs de l’église, remplacée aujourd’hui, sur la rue Saint-Paul, par la maison portant le n° 32. Dans cette cour, une école communale a été bâtie sur l’emplacement du chevet de l’église, qui avait de ce côté une porte de service livrant communication avec le passage pour entrer dans le charnier et le cimetière.

« Avant de nous engager dans le passage, il faut remarquer un contrefort, ou éperon triangulaire, destiné à contrebalancer la charge du bâtiment ou la poussée du mur méridional de ce bras du charnier qui se terminait brusquement en cet endroit. À partir de cet endroit, le passage est voûté jusqu’à l’entrée du charnier ; il lui servait pour ainsi dire de vestibule. La voûte de ce passage est de cintre elliptique, en forme d’arête à son entrée, et lambrissée en sapin jusqu’à son extrémité. Après avoir franchi la grille, on se trouvait dans le cimetière, de forme rectangulaire, qu’entouraient, sur trois côtés, les portiques des charniers, le quatrième côté étant formé par le chevet de l’église.

« De ces portiques funéraires, il ne reste plus aujourd’hui que les deux travées signalées par M. Lucien Lambeau, lesquelles attiennent à la grille d’entrée, vis-à-vis d’un lavoir, et vont incessamment disparaître. Elles suffisent encore pour donner une idée de l’ensemble. C’était une construction entièrement en pierre, très simple, composée d’une galerie large de trois mètres vingt centimètres et haute de trois mètres, fermée extérieurement par un mur plein, et à jour du côté du cimetière, comme un cloître. Sur un bahut en pierre haut de cinquante-cinq centimètres, très suffisant pour protéger le pavage (ou le dallage) à l’intérieur, se trouvaient placés des pilastres carrés, alternés avec des colonnettes cylindriques monolithes, d’ordre dorique, et ornés de chaque côté de consoles portant un entablement sur lequel reposait un toit couvert en tuiles légèrement incliné. Les pilastres carrés étaient renforcés exté-