Page:Procès-verbal de la Commission Municipale du Vieux Paris, 1898, 7.djvu/11

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page a été validée par deux contributeurs.


conduisait déversée dans le grand aqueduc où elle se confond avec l’eau de la Ville.

En 1832, une concession gratuite d’eau d’Ourcq est faite à l’hôpital Saint-Louis en échange de l’eau de Belleville qui lui appartenait en partie. L’administration des Hospices se défait alors de sa propriété de la place des Fêtes, qu’elle vend à la commune de Belleville le 18 mars 1836 ; cette administration demande en 1834 l’autorisation de céder un regard, ce qui occasionne un remarquable rapport signé Emery, adressé au Préfet de la Seine et disant en substance que si, en 1809, l’Administration avait cru devoir user d’un droit strictement légal en vendant un regard des eaux, il convenait de l’arrêter dans cette voie, afin d’empêcher l’aliénation de ces ouvrages d’art qu’il doit importer à la Ville de conserver.

Le regard vendu en 1809 est vraisemblablement celui des Esmocouards.

L’eau de Savies était amenée au prieuré de Saint-Martin et au Temple par une conduite en grès séparée de l’aqueduc de Belleville. Elle fut abandonnée lorsque les moines de Saint-Martin, ayant obtenu une concession d’eau de Seine, renoncèrent à l’eau de leur source, qui fut versée dans l’aqueduc à la jonction de la rue de la Mare avec la ruelle Saint-Martin (actuellement rue de Savies).

L’eau des aqueducs de Belleville et Saint-Louis se déverse à l’égout de la rue de Belleville aux emplacements des regards Beaufils et Saint-Louis. Le groupe du Chaudron, comprenant les Marais, Lecouteux, les importantes pierrées : Fessart, des Mignottes, de La Villette, Delouvain, des Saussaies, verse ses eaux dans l’égout à l’angle de la rue de Belleville et de celle des Pyrénées.

Il résulte de l’exposé qui précède que les eaux de Belleville ne servent plus à aucun usage domestique ni public ; néanmoins elles coulent toujours plus ou moins abondamment, de sorte qu’il est indispensable que la Ville veille à leur écoulement normal : d’où la nécessité absolue de conserver et d’entretenir très soigneusement les pierrées et les puisards. Les regards eux-mêmes ont l’avantage de permettre facilement la constatation du débit des pierrées qui y aboutissent et de faire retrouver rapidement les engorgements et les renards qui empêchent l’écoulement de l’eau.

Tous les travaux et ouvrages dépendant de l’aqueduc de Belleville sont, sans aucune restriction, la propriété absolue de la Ville de Paris, qui maintient son droit de servitude en percevant, suivant un rôle méthodiquement dressé, un droit annuel variant de 1 franc à 5 francs par parcelle de propriété. De cette façon, le droit réel de la Ville ne s’abolit pas et les propriétaires riverains, que la minime taxe perçue ne gêne pas, ne peuvent tenter de se soustraire aux obligations de précautions à prendre à l’égard des conduites souterraines.

La délégation qui s’est rendue à Belleville a visité absolument tout ce qui reste des ouvrages anciens ; elle a été frappée de la solidité et de l’arrangement de tous les détails du système d’adduction.

Tout d’abord, le regard Saint-Martin, situé rue des Cascades, entre les nos 42 et 44, a été l’objet d’une visite particulière motivée par la lettre suivante émanée du service de la Voie publique :


NOTE pour M. l’Inspecteur des Beaux-Arts de la Ville de Paris.


« Paris, le 10 septembre 1898.

« M. Berthaut, conseiller municipal, a demandé la pose d’une barrière au haut de la rue de Savies, pour éviter que les voitures venant de la rue des Cascades ne s’y engagent et ne soient entraînées par la rapidité de la pente ; or, outre ce travail qui sera fort utile, le soussigné estime qu’il y aurait lieu, en même temps, de reculer un ancien regard des eaux qui rétrécit le tournant de cette voie ; toutefois cet édicule, que le service des Eaux propose de raser, paraît avoir un caractère archéologique qu’il serait peut-être intéressant de conserver.

« Dans ces conditions, le soussigné a l’honneur de prier M. l’Inspecteur général des Beaux-arts de vouloir bien soumettre, au préalable, cette affaire à la Commission du Vieux Paris qui, semble-t-il, doit-être consultée sur la mesure qu’il convient de prendre à l’égard de cette construction.

« Ci-joint, à titre de renseignement, les rapports des services de la Voie publique et des Eaux.

« Pour le Directeur administratif de la Voie publique et des Eaux et égouts,
Le sous-chef du Bureau de la Voie publique,
Guerrier. »

En effet, le caractère archéologique du re-