Page:Procès verbaux des séances de la Société littéraire et scientifique de Castres, Année 1, 1857.djvu/110

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Ces témoignages risquent de disparaître un à un. Ainsi se brisent, chaque jour, les liens qui nous rattachaient au passé : nous devenons un peuple sans traditions, parce que nous ne savons pas conserver les symboles qui les manifestent extérieurement. Sans respect pour ce qui a été, indifférents pour tout ce qui n’a pas à nos yeux un intérêt direct dans le présent, comment pourrions-nous concevoir des espérances pour l’avenir ? Comment pourrions-nous entretenir en nos cœurs ces sentiments qui attachent à tout dans la patrie, et qui lui donnent une si grande puissance, parce que tout nous ramène à elle ?

Il ne faut pas se le dissimuler : tout se lie dans la vie intime des peuples. L’indifférence et le dédain pour le passé sont des signes de décadence, parce qu’ils manifestent l’oubli de cette grande loi qui unit entre elles toutes les parties de l’existence d’une nation. Ce n’est pas tout d’abord que l’on arrive à l’indifférence et au dédain ; mais c’est une pente que l’on descend avec rapidité. Il faut donc lutter contre cette disposition qui devient quelquefois un système engendré par l’égoïsme, soutenu par la vanité. Que l’on sache descendre jusqu’aux plus petits détails, s’intéresser aux objets les moins précieux, pourvu qu’ils se rattachent de quelque manière à l’histoire générale ou particulière de notre patrie. Ce ne sera pas une vaine satisfaction de curiosité, mais l’accomplissement d’un devoir. Cette sollicitude, d’ailleurs, en même temps qu’elle plaira au cœur, fournira inévitablement à l’esprit des termes de comparaison, des points sur lesquels il s’arrêtera pour aller plus loin, pénétrer plus profondément, s’éclairer avec plus de certitude.

La Société littéraire et scientifique s’est engagée dans cette voie. Elle doit y marcher avec persévérance. Elle parviendra ainsi à refaire, pièce par pièce, l’histoire de Castres ; et, en rendant à la science ces services qu’elle est en droit d’attendre des études locales, elle contribuera peut-être à faire aimer un peu plus à chacun sa petite patrie, au milieu du mouvement qui entraîne à l’émigration et au cosmopolitisme.