Page:Procès verbaux des séances de la Société littéraire et scientifique de Castres, Année 1, 1857.djvu/131

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en un mot, s’identifier si bien avec ce que l’ami de Mécène et de Virgile avait vu, aimé, haï, que l’illusion fût facile et devînt complète.

Voilà ce qu’a fait M. de Nattes. Poète, esprit élégant, cœur chaud, imagination riche et féconde, il n’a pas reculé devant les études de l’érudit. Il a vécu avec les commentateurs ; et tous les jours, Horace se parait aux yeux de son admirateur, de quelque mérite nouveau. La science éclairait le génie ; et, lorsque la critique eut fait sa tâche, l’admiration vint réclamer la sienne. L’enthousiasme littéraire n’est pas égoïste, il a besoin d’expansion. Une traduction fidèle, complète, empreinte de ce caractère de personnalité qu’une étude approfondie et un commerce journalier donnent à un auteur, dut paraître à M. de Nattes l’hommage le plus touchant que l’admiration put produire, et le monument le plus digne qu’elle put élever.

Les tentatives antérieures étaient nombreuses ; et, pour se borner au xixe siècle, Daru en 1804, Vanderburg en 1812, A. de Wailly en 1817, Halevy en 1824, Ragon en 1837 et Duchemin en 1839, sans compter un royal concurrent qui mêlait la lecture, les citations et la traduction d’Horace, aux actes et aux préoccupations de la politique, semblent dire que l’entreprise était séduisante, mais aussi qu’elle était difficile. M. de Nattes ne s’en est pas effrayé. Traduire Horace, c’était rendre un hommage public au poète à qui il devait ces pures et vives émotions que l’on recherche si peu, parce qu’on n’en soupçonne pas la douceur. C’était le rendre accessible, dans la langue poétique, à tous ceux qui ne pouvaient l’aborder dans la forme primitive si brillante, si souple, si belle, mais si pleine de difficultés. C’était donner satisfaction à ces esprits élégants, un peu paresseux, qui veulent pour admirer le génie, qu’il se soit accommodé à leur goût et plié à leurs exigences.

Voilà la pensée intime de M. de Nattes : voilà le secret de son travail patient sur la pensée d’un autre, quand il était assez riche