Page:Procès verbaux des séances de la Société littéraire et scientifique de Castres, Année 1, 1857.djvu/130

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Mais l’affection née de ce premier attrait est bien peu durable. Elle se développe par un commerce intime, s’agrandit par une certaine conformité de goûts, de vues, d’aspirations, et se fortifie par cet échange inévitable qui s’établit entre le livre et le lecteur. Plus le livre renferme de beautés réelles et séduisantes, plus l’esprit s’y attache, cherche à le comprendre, à le pénétrer, à se l’assimiler. Plus l’âme de l’écrivain s’est révélée avec éclat ou manifestée avec ce charme qui entraîne, plus l’âme d’un lecteur ému est heureuse de ce contact, touchée de ces épanchements, fière de ces communications.

Avec Horace, l’intimité vient vite. En ne le considérant que sous le point de vue nécessairement restreint qui nous est présenté par la traduction de M. de Nattes, on comprend qu’un esprit poli, fin, élégant, ami du vrai, épris d’une philosophie douce, curieux de la forme dans des limites qui n’impliquent jamais le sacrifice du fond, se soit de bonne heure attaché au poète qui charmait, en la peignant, une société arrivée à ce point de civilisation où tout s’est adouci, et où les jouissances intellectuelles ont encore leur attrait.

M. de Nattes aime Horace parce qu’il l’a longtemps étudié, et qu’il n’y a pas une de ces beautés fugitives que la poésie sème à profusion autour d’elle, qu’il n’ait cherchée, découverte, sentie. Après s’être laissé attirer vers Horace par des mérites accessibles à toutes les intelligences un peu cultivées, il a voulu, par ce sentiment naturel à tous ceux qui se savent capables de produire, pénétrer les secrets de ce génie à la fois facile et sévère. Il a voulu lui demander compte de ses procédés de composition, et suivre pas à pas ce travail intérieur que peu d’hommes osent faire, parce que peu d’hommes sont capables de le féconder. Il a fallu pour cela ressusciter la société romaine sous Auguste, étudier chacun des hommes dont le nom trouve place dans les odes, se rendre compte des usages, rechercher avec soin ces mille superstitions dans lesquelles allait se perdre et s’avilir ce grand nom de Romain ;