Page:Procès verbaux des séances de la Société littéraire et scientifique de Castres, Année 1, 1857.djvu/14

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s’affaiblissent en s’éparpillant ; où l’isolement, pour si productif qu’on le suppose, dans ses efforts moins distraits, ne suffit plus ; où des rapprochements, de nouvelles relations sont devenues nécessaires en face des exigences du siècle emporté par les grands intérêts de la paix, et de ces moyens d’exécution à l’aide desquels tout s’élargit, tout s’étend, tout s’universalise en un mot.

Il y a donc à se demander d’abord quels sont ces éléments qui, dans un horizon très-circonscrit, mais à la fois très-varié, peuvent inspirer le goût des recherches littéraires, le dévouement à la science, la résignation contre tous les mauvais propos jetés à ceux qui se distinguent par le titre de savant, plus ou moins mérité ? C’est, à mon avis, le sentiment à peu près général aujourd’hui, ici comme ailleurs, de ce malaise d’hommes qui se sont usés à ne rien faire ou, ce qui est pire encore, à faire des riens ; de ces hommes qui comprennent enfin, par un retour consciencieux sur eux-mêmes, l’inanité de leur vie et la nécessité de la rendre utile et féconde.

Voici en effet, Messieurs, comment le caractérisait, il y a peu de jours, un éminent magistrat, M. Cordoen, portant la parole à la rentrée de la cour impériale d’Orléans :

« Les maladies sociales, disait-il, puisent leur germe à de mystérieuses origines, les civilisations avancées ont leurs périls en même temps que leurs bénéfices ; depuis un demi-siècle les conditions de la vie ont été si merveilleusement adoucies, que de toutes parts on a oublié l’étroite et sainte obligation du travail. On a voulu tout savoir sans avoir rien appris, conquérir tous les succès et tous les avantages, sans les avoir achetés par la persévérance et par la peine. Et, parce que l’électricité, la lumière et la vapeur mises par la science au service de l’homme, semblent avoir supprimé le temps et l’espace, on a dédaigné l’effort et la patience comme des vertus désormais inutiles. »