Page:Procès verbaux des séances de la Société littéraire et scientifique de Castres, Année 1, 1857.djvu/60

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rédigea en patois, le tarif de l’acte d’adjudication de ses droits de place. Une traduction française de la même époque est placée en regard sur les registres municipaux.

Cet emploi simultané, mais avec subordination, n’est-il pas une preuve suffisante pour déterminer la place et l’importance de chacune de ces langues, comme moyen usuel de communication et d’échange ?

Avec le xviie siècle disparaissent les derniers vestiges du patois employé dans les rapports administratifs. Il faut recourir alors à la tradition verbale. Cette tradition revit tout entière dans les proverbes. Pourtant, comme ils ne se rattachent ni à un lieu, ni à un temps qu’il soit facile de déterminer, comme ils sont en général d’une nature peu littéraire, ils ne peuvent fournir que des renseignements incomplets et peu précis sous le rapport grammatical.

Les auteurs de la fin du xviiie siècle ne manquent pas d’un certain mérite. Après en avoir cité plusieurs dont le nom est resté populaire dans les centres où ils ont vécu, et où leurs œuvres se sont transmises, M. Combes étudie d’une manière particulière deux Castrais, deux avocats, Daubian et Jean-Jacques Pujol. L’un catholique sincère et dévoué ; l’autre épicurien et sceptique : celui-ci consacrant ses loisirs à des chants ou à des œuvres de dévotion ; celui-là cherchant les occasions d’épancher sa gaîté naturelle en productions dégagées de toute prétention, mais aussi de toute retenue. Pujol aime à prier, Daubian aime à rire. Celui-là conserve dans une société incrédule sa foi catholique ; on le voit, on le sent pénétré de son esprit : celui-ci reste philosophe après les enseignements qu’une grande et terrible catastrophe avait apportés avec elle ; il ne perd aucun de ses préjugés en face de la réaction survenue à la suite du concordat. Ils parlent la même langue : mais quelle différence entre eux pour les sujets, et la manière de les envisager ! Au point de vue de notre idiôme local, nous trouvons les mêmes mots, les mêmes formes : c’est le même génie