Page:Procès verbaux des séances de la Société littéraire et scientifique de Castres, Année 1, 1857.djvu/61

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reproduit par des images identiques, où revit dans toute sa vérité le caractère particulier à notre pays.

Ces observations de détail amènent M. Combes à l’examen des dictionnaires de la langue romane publiés de nos jours. Il signale celui de M. J.-B. Cousinié, curé de Serviés, près de Castres, comme une œuvre importante, digne d’une attention spéciale. C’est un travail sérieux, qui sert à faire connaître et à populariser des hommes d’une valeur incontestable. Il aide à fixer, par des détails curieux, la valeur de certaines pratiques que l’on croit nouvelles, et qui, comme tant de prétendues découvertes ou améliorations dont notre époque se glorifie, datent d’une époque déjà fort éloignée. Il ajoute enfin quelques noms à la liste nombreuse des auteurs languedociens, que recommandent un mérite réel, et l’influence à laquelle donnent droit une haute moralité jointe au désir d’être utile.

Ces auteurs se sont principalement révélés de nos jours. Leurs productions prouvent que si les dialectes s’amortissent, la langue reste entière, vivante, répandue, trois qualités qui répondent de sa durée. Jasmin, parmi eux et au-dessus d’eux, est son plus illustre représentant, son plus magnifique interprète. Il a cessé aujourd’hui d’être une individualité. Son génie qui procède de Goudelin, comme celui-ci procédait des troubadours, constitue l’unité de cette langue par le côté de la plus noble poésie. Quoique Agenais de naissance et d’idiôme, il a pu se soustraire à ces influences locales pour s’élever jusqu’aux hauteurs d’une nationalité véritable. Apôtre de charité, il semble avoir eu en partage le don de la multiplicité des langues, quoique n’en parlant qu’une seule. Personne, il est vrai, mieux que lui, ne connaît celle du cœur, la langue de tous les temps et de tous les pays. Qu’on dépouille le moindre de ses chants, qu’on creuse la plus simple de ses expressions, qu’on interroge la plus vulgaire de ses pensées, on trouvera, à la suite de ces recherches, l’amour de Dieu et l’amour du prochain, interprétés toujours et partout comme un double com-