Page:Procès verbaux des séances de la Société littéraire et scientifique de Castres, Année 1, 1857.djvu/66

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dres nuances, jusque dans les plus petits détails, jusque dans les plus insaisissables délicatesses, tout ce qui s’est agité dans l’esprit, tout ce qui a laissé dans le cœur sa trace et son empreinte. Cette forme se présente d’elle-même : on ne se crée pas un style, on ne l’apprend pas, on le porte avec soi : la patience, cette compagne du génie qui ne se confond pas avec lui, qui n’est pas lui, quoiqu’en dise Buffon, peut sans doute éclairer, fortifier, embellir ; elle peut corriger les imperfections, faire disparaître les inégalités : elle ne donnera jamais ce qui constitue la beauté essentielle, ce qui fait le charme intime du style.

Or, dans une traduction, le poète ne s’appartient plus : il pense, il sent, il parle d’après un autre. Dès lors, sa liberté disparaît ; et, avec la liberté, s’échappe cette inspiration fugitive, cet éclair qu’il faut saisir au moment où il illumine l’âme, et que la réflexion est impuissante à fixer. Voilà pourquoi on n’aborde qu’avec peine une traduction en vers : on risque toujours, en effet, de ne trouver devant soi ni un poète ni un traducteur.

La poésie lyrique est plus particulièrement intraduisible. Là, l’inspiration n’a point de règle : l’élan n’est pas comprimé. Tout lien apparent est dédaigné, dans la marche rapide de la pensée, dans l’expression spontanée du sentiment ; mais il y a comme un courant intérieur qu’il faut suivre et qui échappe. Le poète lyrique aime les images ; c’est la vie de ses compositions. Or, qu’est-ce qu’une image ? où réside-t-elle ? quelle est la forme qui la rend sensible, quel est le mot qui la renferme ? Ce sont autant de mystères ; et s’il est difficile de les pénétrer, il est plus difficile encore de se les approprier, et de transmettre aux autres l’émotion que l’on a soi-même éprouvée.

Horace a été bien souvent traduit. Les tentatives ont été nombreuses dès les premiers jours de la Renaissance. Sous Louis XIV, les études de détail n’ont pas manqué ; et, dans le siècle suivant, pendant que les natures d’élite cherchaient dans un commerce intime avec le poète inspiré qui faisait les charmes de la cour