Page:Procès verbaux des séances de la Société littéraire et scientifique de Castres, Année 1, 1857.djvu/78

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transformations des peuples sont annoncées et préparées de loin, par ce travail successif des idées manifestées dans la langue qui leur sert d’expression.

L’existence de deux langues bien tranchées, dans la France d’aujourd’hui, s’explique par les événements dont notre patrie a été le théâtre. Du temps de César, tous les peuples de la Gaule différaient entre eux par la langue, les institutions et les lois. Cette différence était-elle radicale, ou ne consistait-elle qu’en dissemblances de détail ? Y avait-il véritablement plusieurs langues, ou bien une seule divisée en un certain nombre de dialectes ?

Il est probable que le peuple Celte avait une origine commune. Il n’avait qu’une langue, soit que le premier il ait habité la Gaule, soit qu’il ait absorbé le peuple primitif. Sa longue existence avec un état social sans unité, devait amener des variations dans la manière de prononcer le mot, puis dans le sens qu’on lui attribua. Les altérations se multiplièrent. La langue romaine s’imposant victorieusement les développa. Le Midi soit par affinité, soit à cause de la plus longue possession, et des rapports plus fréquents, subit l’influence la plus grande. L’invasion qui s’arrêta longtemps dans le Nord, mêla à l’idiome national le langage tudesque. Le double serment de 842 est la preuve de cette séparation. Le génie comme les intérêts des deux peuples, se manifestent dans ce serment d’une si grande importance au double point de vue de la langue et de l’histoire.

Aussi remarque-t-on, dans les documents postérieurs à cette époque en prenant 1050 pour point de départ, que le Nord et le Midi n’ont pas de mots communs. Les deux langues marchent parallèlement : une rivalité prononcée, souvent une haine ardente empêchent tout rapprochement notable. Chacun des deux peuples se crée un genre de littérature qui reflète son génie. On chante au Midi, on cause au Nord. Ici, c’est un bourgeois, heureux de dire du mal de tout ce qui le gêne dans ses préférences ou sa vanité ; là, c’est un chevalier tout entier à la gloire et à l’honneur, prenant