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nombre plus ou moins grand de queſtions plus ſimples, clairement poſées, ſur leſquelles il ſoit poſſible de conſulter le vœu de l’aſſemblée ; & on auroit atteint en ce genre le point de la perſection, ſi ces queſtions étoient telles, que chaque individu, en répondant oui ou non à chacune d’elles, eût vraiment émis ſon vœu.

La première eſpèce de diſcuſſion ne ſuppoſe point la réunion des hommes dans une même aſſemblée ; elle peut ſe faire auſſi-bien, & mieux peut-être, par l’impreſſion que par la parole.

La ſeconde, au contraire, ne pourroit avoir lieu entre des hommes iſolés, ſans des longueurs interminables. L’une ſuffit aux hommes qui ne cherchent qu’à s’éclairer, qu’à ſe former une opinion ; l’autre ne peut être utile qu’à ceux qui ſont obligés de prononcer ou de préparer une déciſion commune.

Enfin, quand ces deux diſcuſſions ſont terminées, arrive le moment d’arrêter une réſolution ; &, ſi l’objet des queſtions qu’on décide par aſſis ou levé, par adopté ou rejeté, par oui ou non eſt fixé, il eſt clair que la déciſion eſt également l’expreſſion de l’opinion de tous, ſoit qu’ils votent enſemble ou ſéparément, à haute voix, ou au ſcrutin.

Ainſi, le premier genre de diſcuſſion n’appartient pas plus à une aſſemblée délibérante, qu’à des hommes iſolés ; à une aſſemblée de fonctionnaires publics, qu’à une ſociété particulière.

La ſeconde ne peut appartenir qu’à une aſſemblée délibérante, ne peut convenir qu’à une aſſemblée unique. Il ſeroit preſque impoſſible, ſans une diſſcuſſion faite dans une aſſemblée inſtituée pour cette fonction, de préparer les déciſions, de les préſenter ſous une forme qui admette la déciſion immédiate, ſoit de cette même aſſemblée, ſoit de toute autre.

Enfin, la déciſion peut être confiée à des aſſemblées ſéparées, pourvu que ces queſtions poſées de manière à être réſolues par une ſimple affirmation ou un ſimple refus d’affirmation, ſoient irrévocablement fixées : alors toute diſcuſſion dans ces aſſemblées devient ſuperflue ; il ſuffit que l’on ait eu le temps d’examiner les queſtions dans le ſilence, ou de les diſcuter librement dans des ſociétés privées. L’objection, qu’alors les citoyens n’ont pu prendre part à la totalité de la diſcuſſion, que tous n’ont pu être entendus de tous, ne peut avoir aucune force.

Il n’eſt point nécéſſaire, pour décider en connoiſſance de cauſe, d’avoir lu ou entendu, ſur chaque objet, tout ce que les hommes chargés de cette même déciſion ont pu penſer ; il n’eſt pas nécéſſaire de les avoir entendus de préférence à d’autres qui auroient