Page:Proudhon - De la création de l’ordre dans l’humanité.djvu/103

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premier moment comme une masse compacte, indistincte, non différenciée, indivise, identique ; et je me sers du mot division pour désigner le premier moment cosmogonique, à peu près comme la Genèse se sert du terme Séparation.

159. La Géométrie considère plus spécialement la quantité sous le rapport de l’étendue et de la forme. Or, que fait le géomètre ? D’abord, il divise la grandeur qu’il doit mesurer, ligne, surface ou volume, en la jalonnant et y marquant des points de rappel et de reconnaissance : puis, à l’aide de ces signaux, il forme des sections linéaires, superficielles ou solides, d’une construction régulière et symétrique, angles, cercles, polygones, polyèdres, cônes, sphères, cylindres, etc., susceptibles de se décomposer les uns dans les autres, et dont les propriétés élémentaires, c’est-à-dire les lois de classification et de symétrie, lui permettent de calculer toute étendue, quelque irrégulière qu’en soit la figure.

C’est par une suite d’opérations ainsi conçues qu’on a mesuré l’arc du méridien de Dunkerque aux îles Baléares, que l’on détermine la position des villes, villages, et de tous les points du globe ; que l’on prend la hauteur des montagnes, etc.

Ainsi, division et groupes, réduction de toutes les figures imaginables à des figures ou groupes élémentaires réguliers, par voie d’analyse et de classement : c’est encore toute la géométrie [1].

160. L’Astronomie, en tant qu’application de la géométrie et de la mécanique, ne présente rien de particulier : mais ce que nous ne pouvons passer sous silence, c’est que le but de ces lois merveilleuses, dont la découverte a suffi pour illustrer Kepler, Newton, Laplace, est de différencier le mouvement des corps célestes par des alternances et des groupes d’alternances, des coïncidences, des oscillations et des retours, et de faire régner partout une symétrie admirable. La planète, au lieu de recevoir, immobile au milieu de l’espace, la lumière de quatre, de huit ou de douze soleils à la fois, présente successivement ses pôles et ses méridiens à un astre central, autour duquel elle est emportée par une force composée d’attraction et de répulsion. Et ce grand fait de la division et de la périodicité de l’illumination planétaire gouverne tous les êtres qui, à la surface de la planète, s’agitent entre la vie et la mort.

161. La Physique et la Chimie ne nous offrent encore, dans une division, poussée à l’infini, de la substance, de la force et de la forme, que des collections, des groupes, des progressions, des

  1. On verra plus tard que comme la science des nombres est plus en rapport avec la métaphysique élémentaire ou analytique, la géométrie l’est davantage avec la synthèse ou métaphysique de composition.