Page:Proudhon - De la création de l’ordre dans l’humanité.djvu/290

La bibliothèque libre.
Aller à la navigation Aller à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


faut une année entière pour compléter et sommer le travail du laboureur.

Si donc les différentes parties de l’action industrielle peuvent s’accomplir à des intervalles de temps plus ou moins longs sans que la loi de composition soit violée, il s’ensuit que l’ouvrier parcellaire peut devenir travailleur complet par la succession du temps. Qu’est-ce en effet que le travail du laboureur, pris à un moment quelconque de l’année ? Du travail parcellaire, qui, changeant avec la saison, recouvre ainsi le caractère de travail synthétique et sérié. Il en est de même dans toute industrie.

430. Tout ce que l’homme exécute de plus ingénieux, de plus complexe, de plus multiple en son unité, il le fait nécessairement par parties infiniment petites, mais qui, liées par un rapport de progression, produisent à la fin un assemblage, un tout, une composition, une série. Or, c’est l’immobilisation du travailleur dans l’une des parties infinitésimales de la production qui constitue ce que l’on a appelé travail parcellaire : je dis donc que cette immobilité est un fait de désordre, une conséquence de l’organisation simpliste et subversive du droit de propriété, que tout concourt à abolir.

Je prends l’exemple cité par A. Smith au commencement de son ouvrage, et qui a suggéré des réflexions si amères à Lemontey : je veux parler de la fabrication des épingles.

La confection d’une épingle embrasse, dit-on, dix-huit opérations successives, confiées à pareil nombre d’ouvriers distincts, et qui jamais ne se rechangent. Cette composition du travail de l’épinglier ressemble assez à la décomposition de la charge du fusil en douze temps, et je ne sais combien de mouvements. On m’accordera, je pense, que le même homme peut apprendre à confectionner une épingle, je veux dire à exécuter les dix-huit opérations de l’industrie épinglière, aussi bien qu’un soldat à charger un fusil.

Je suppose donc que l’ouvrier, au lieu d’être embauché par un maître pour une des dix-huit opérations de son état, fasse partie d’une société industrielle, ayant pour objet la fabrication des épingles, et dans laquelle ne pourraient entrer que des hommes propres à tous les travaux de cette fabrication : il est évident, ce me semble, que dans un pareil système, sans que rien fût perdu des avantages du travail parcellaire, chaque ouvrier pourrait, devrait même, dans son intérêt personnel et dans celui de la société, passer à des intervalles plus ou moins rapprochés d’une opération à l’autre, et parcourir le cercle entier de la fabrication. Par ce moyen, l’œuvre commune deviendrait pour chaque pro-