Page:Proudhon - De la création de l’ordre dans l’humanité.djvu/67

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roposition générale vraie ; dans les deux syllogismes que je viens d’examiner, comme dans ceux qui vont suivre, les propositions générales sont de pures hypothèses, que rien absolument ne démontre. C’est la marche ordinaire de la philosophie : sur un fait mal défini, sur une analogie vague, elle établit une proposition universelle, d’où elle tire des conséquences à l’infini.


SYLLOGISME SUR L’AUTEUR DU MAL

Le mal ne peut être l’effet que d’une nature intelligente et libre :

Or {
1° Dieu est l’être souverainement bon et parfait ;

2° Au contraire l’homme est curieux, indiscret, borné dans ses moyens, asservi a ses sens, sujet à l’erreur, etc. ;

Donc l’homme est auteur du mal.

Ce sophisme a été formulé en dogme par Rousseau, dans la première phrase d’Émile. « Tout est bien sortant des mains de l’Auteur des choses ; tout dégénère entre les mains de l’homme. » Depuis que l’homme existe, la Religion et la Philosophie se sont accordées à le charger de tous les désordres de ce bas monde. Mais si, comme on le croit généralement, l’homme est sorti le dernier des mains du Créateur, d’où sait-on que le mal n’a paru sur la terre qu’à son arrivée ? d’où sait-on que le mal n’est point inhérent à la nature, une condition de la création ? Comment l’homme, né de Dieu tout bon et tout sage, a-t-il pu avoir une volonté mauvaise ? comment a-t-il pu se tromper ? pourquoi, si la raison ne lui devait venir que par degrés, un instinct sûr, en attendant, ne la suppléait-il pas ? Qui sait même si, au lieu de dire tout dégénère entre les mains de l’homme, nous ne devons pas croire que la destinée de l’homme est de procurer l’amélioration de tout ?…

Le respect d’un Dieu inconnu, la crainte de faire planer sur lui un soupçon injurieux à sa puissance et à sa bonté ont fait seuls imaginer l’horrible dogme d’une souillure originelle, et les expiations sanglantes qui en ont été la suite : c’est ce dogme qui a inspiré les sacrifices humains connus sous le nom d’actes de foi, les macérations et les extravagances des ascètes, le délire des stylites et des fakirs, et tant de pratiques abominables ou ridicules, depuis les reliques authentiquées du pape jusqu’aux pastilles du grand Lama.

107. J’emprunte le syllogisme suivant à l’école phalanstérienne.