Page:Proudhon - De la justice dans la Révolution et dans l’Église, tome 1.djvu/322

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Que blâme-t-on chez le propriétaire ?

Est-ce le fait de préhension, je veux dire l’acte par lequel il se fait payer un loyer ?

Non, puisque, comme il a été reconnu plus haut, la préhension, ou le fait simple d’appropriation, est de sa nature indifférent au droit ; qu’il ne se distingue pas du fait de jouissance, usage ou consommation, indispensable à tout être vivant ; qu’il constitue le domaine éminent de l’homme sur les choses, domaine qui se résume primitivement en ces termes, chasse, pêche, cueillette, pâture, habitation, et hors duquel l’homme serait esclave des choses mêmes ; mais domaine qui s’arrête devant le respect que je dois à autrui.

Or, le prix du bail représente la préhension que le propriétaire a faite d’une certaine partie du sol, sur laquelle il a élevé ou fait élever un bâtiment, dont il s’est ensuite dessaisi en faveur du locataire. En soi, le prix du loyer peut paraître un fait naturel, normal, et comme tel légalisable.

Ce que l’on blâme et contre quoi l’opinion se soulève est la quotité de la préhension, que l’on trouve exorbitante.

D’où vient donc cette exorbitance ?

C’est évidemment qu’il n’y a pas compensation entre la somme exigée et le service rendu ; en autres termes, que le propriétaire est un échangiste léonin.

Le propriétaire a pris la terre : soit. Il la possède par conquête, travail, prescription, concession formelle ou tacite : on n’en fera pas la recherche. La Révolution, il est vrai, a aboli le droit d’épaves, et la plus vulgaire probité oblige à rapporter au commissaire de police tout objet perdu sur la voie publique : n’importe ; on accorde que le propriétaire terrien pouvait s’emparer de ce qui n’était occupé, en apparence, par personne. Ce qu’on lui demande est de ne pas exiger ensuite de sa propriété, quand