Page:Proudhon - De la justice dans la Révolution et dans l’Église, tome 2.djvu/182

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M. de Bonald, est l’intelligence souveraine servie par l’Univers et par l’Humanité ; et c’est à l’exemple de cette subordination entre lui et ses créatures qu’il a fallu qu’une partie du genre humain, prédestinée au commandement, fût servie par l’autre, prédestinée au travail.

Saint Thomas, Bossuet, l’Église tout entière, abondent en ce sens.

Le ministre Jurieu avait osé dire :

« Il n’y a point de relation au monde qui ne soit fondée sur un pacte mutuel exprès ou tacite, excepté l’esclavage tel qu’il était entre les païens, qui donnait à un maître pouvoir de vie et de mort sur son esclave, sans aucune connaissance de cause. Ce droit était faux, tyrannique, purement usurpé, et contraire à tous les droits de la nature. »


Bossuet lui répond (Ve Avertissement) :

« Quelque spécieux que soit ce discours en général, si l’on y prend garde de près, on y trouve autant d’ignorances que de mots. Si le ministre y avait fait quelque réflexion, il aurait songé que l’origine de la servitude vient des lois d’une juste guerre, où le vainqueur ayant tout droit sur le vaincu, jusqu’à pouvoir lui ôter la vie, il la lui conserve, ce qui même, comme on sait, a donné naissance au mot servi, etc. »


L’argumentation de Bossuet est faible, à cause du sens restreint qu’il donne au mot servus, travailleur. La servitude consiste, en général, à travailler gratuitement pour autrui, ce qui a lieu toutes les fois que le salaire est inférieur au produit. Dans l’antiquité le travail était imposé par un maître, aujourd’hui il ne l’est plus que par la misère : voilà toute la différence. Bossuet pouvait donc dire à Jurieu : Votre théorie ne tend à rien de moins qu’à supprimer la distinction des rangs et des fortunes, à ébranler tous les pouvoirs ; à créer l’égalité et l’anarchie, à rendre inutile la religion : toutes choses que vous repoussez, comme l’Église, énergiquement.