Page:Proudhon - De la justice dans la Révolution et dans l’Église, tome 2.djvu/183

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Aristote comprenait mieux que Bossuet la servitude, quand il disait :

« Quand on est inférieur à ses semblables autant que le corps l’est à l’âme, la brute à l’homme, — et c’est la condition de tous ceux chez qui l’emploi des forces corporelles est le meilleur parti à espérer de leur être, — on est esclave par nature. »


Il voulait dire par destination.

XV

Qui veut la fin veut le moyen.

La chasse à l’esclave se pratique encore sur une grande partie de l’Afrique, de l’Amérique et de l’Océanie.

Est-ce violer la justice ? Non, dit le spiritualiste, c’est accomplir l’ordre de la Providence, qui veut que les noirs, les jaunes, les rouges, et toutes les races inférieures ne pouvant se livrer à la méditation, travaillent…

On se rend maître du sauvage, comme des autres animaux, par la force, par l’adresse, par les piéges que lui tend son instinct ; on le dompte par un système de bons et de mauvais traitements, par la désuétude de la liberté, par le travail continu, par l’attrait d’une femme, par l’interdiction de tout exercice libéral et de toute pensée. La castration même a été employée sur l’homme, comme sur les chevaux et les bœufs, avec succès. Ce n’est peut-être pas autant la jalousie maritale qui a suggéré cette barbarie des castes privilégiées, que les besoins de la domestication.

Une conséquence de la servitude fut d’abord d’exclure l’esclave du droit commun, ce qui voulait dire de la religion. Le recevoir à la communion des pénates et des sacrifices, l’élever à la vie contemplative, refaire de lui une âme, en lui donnant le sacrement de Justice, eût été l’émanciper, revenir à la confusion générale des âmes et des corps : chose impossible. Le spiritualisme ne rétrograde pas.