Page:Proudhon - La Révolution sociale démontrée par le coup d’État du 2 décembre.djvu/10

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adversaires les plus maltraités lui montrent la route ? Qui ne voit, dis-je, que si la raison républicaine, découragée par tant d’outrages, abandonne à ses perfides suggestions ce gouvernement encore sans racines, aussi surpris que la nation de son existence, l’esprit public s’affaissant de plus en plus, la Révolution rétrograde de dix degrés ?

Triste condition des sociétés humaines, et qui doit donner singulièrement à réfléchir aux démocrates, qu’un peuple ne puisse, en aucun cas, s’abstraire de ses gouvernants, et qu’à moins de les écraser dans sa révolte, ce qu’il ne peut pas toujours, il soit condamné à les redresser, même quand il les déteste le plus !…

Mais, que dis-je ? ce que nous sommes tentés de prendre pour un fatal et regrettable appui, qu’est-ce autre chose que l’éternelle absorption du pouvoir dans la liberté ? Et dans cette solidarité intime du citoyen et de l’état, dans cette obligation étroite et indissoluble de nos intérêts avec le gouvernement, pouvons-nous méconnaître, au point où nous sommes, le symptôme d’une prochaine révolution ?

N’est-ce pas, en effet, le triomphe de l’idée révolutionnaire que la faculté politique soit désormais tellement liée à l’exercice de toute faculté professionnelle, science, littérature, commerce, fabrique, métier, que le mécanisme politique, relevant d’un million de souverains, en devienne impossible ; que quiconque s’occupe d’une branche de la production ou de la consommation générale, participe, par cela même, à la gestion du pouvoir, ait voix délibérative et perturbatrice dans l’état ; qu’ainsi le gouvernement ne pouvant pas plus s’af-