Page:Proudhon - La Révolution sociale démontrée par le coup d’État du 2 décembre.djvu/9

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manqué à la fierté républicaine, parce qu’une fois de plus j’aurai, en écrivant, plié sous la nécessité du jour, je dirai ce que je pense des affaires ; j’affirmerai de nouveau, dans sa plénitude, contre toute monarchie et théocratie, le principe révolutionnaire ; tandis que les dynasties préparent leur retour, je pronostiquerai son triomphe ; je tâcherai, autant qu’il est en moi, et sans manquer aux conditions que le pouvoir actuel m’impose, de donner à la nation conscience de son état, de la relever dans sa propre estime et aux yeux de l’étranger ; de prendre des garanties, dans ce temps de subites catastrophes, contre une substitution éventuellement contre-révolutionnaire ; de rendre enfin aux idées une perspective, aux intérêts une direction, aux courages le ressort, aux proscrits l’intelligence et le calme. Je ferai, en un mot, dans la plus délicate des situations, malgré mes antécédents, mes sympathies et mes vœux, de la politique à l’usage de tous, des vainqueurs, des indifférents et des vaincus.

Qu’après cela le pouvoir, tel quel, que j’aurai servi peut-être, en le révélant à lui-même et aux autres, tire avantage de mes renseignements, je ne le redoute pas pour ma religion ; j’en serai heureux, au besoin, pour le progrès. Moi qui, dans l’histoire, ne reconnais que des gouvernements de fait, qui les répudie théoriquement tous, qui n’en voulais pour mes contemporains aucun, je ne demande pas mieux que de voir celui que je pave se modifier et marcher suivant mes principes. Et qui ne voit déjà combien celui du 2 décembre, tout fort et tout sage qu’il s’imagine d’être, a besoin que ses