Page:Proudhon - La Révolution sociale démontrée par le coup d’État du 2 décembre.djvu/14

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nement, qui ne peut rien sans son libre concours et son adhésion. Il serait étrange que dans un pays où, par le progrès des siècles, le gouvernement n’est plus, en réalité, que le rappport des intérêts, on eût la prétention d’exclure les intérêts du gouvernement, et de régir la nation à la manière de l’autocrate de Russie ou des sultans de Babylone. Combien ils doivent se trouver empêchés, mortifiés, ces prétendus hommes d’état qui, sur la foi des jésuites, ont accepté pour moyen curatif et pris pour dogme, sous le nom d’autorité, l’interdiction politique, de se voir à chaque heure, dans tous leurs actes, soumis au contrôle inévitable des intérêts, forcés de reculer devant lui, et cela à peine de non confiance ! Et comme ils doivent regretter cet âge d’or de l’autorité, où le travail étant peu ou point spécialisé, le commerce et l’industrie sans engrenage, la science nulle, la philosophie réputée démoniaque, chaque pauvre famille logée dans sa maisonnette et vivant du seul produit de son petit champ, du bois d’affouage et de l’herbe communale, le gouvernement, je veux dire l’Église, n’ayant pour toute politique que la dîme à lever et le superflu de la population à envoyer en Terre-Sainte, planait au-dessus des groupes obéissants comme la nuée sur le désert !…

Trêve donc, s’il vous plaît, de vaines délicatesses et de faux scrupules. La politique, déjà primée, subalternisée par l’économie, mais s’obstinant à garder une position distincte, supérieure, impossible : voilà le secret de notre situation, et ce qui m’oblige, moi socialiste, après quatre ans de négation politique, à m’occuper de politique. Ici la forme