Page:Proudhon - Les Confessions d'un révolutionnaire.djvu/58

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Aussi, nous n’étions pas à bout d’épreuves.

Nouvelle Charte. — Les gouvernements avaient beau tomber comme des marionnettes sous la masse du diable révolutionnaire, le pays ne revenait pas de son ardent amour de l’autorité. Pourtant on commençait à se douter qu’autre chose sont les instincts du pouvoir, autre chose les idées d’un peuple : mais comment se passer de gouvernement ? Cela se concevait si peu, qu’on ne songeait pas même à poser la question. L’idée n’était pas encore venue que la société se meut par elle-même ; qu’en elle la force motrice est immanente et perpétuelle ; qu’il ne s’agit pas de lui communiquer le mouvement, mais de régulariser celui qui lui est propre : on s’obstinait à donner un moteur à l’éternel mobile.

Le gouvernement, disait-on, est à la société ce que Dieu est à l’univers, la cause du mouvement, le principe de l’ordre. Liberté, Ordre, telle fut la devise sous laquelle on recommença à faire du gouvernement, j’ai presque dit de la contre-révolution. On avait épuisé, dans les quarante années qui avaient précédé, le gouvernement du droit divin, le gouvernement de l’insurrection, le gouvernement de la modération, le gouvernement de la force, le gouvernement de la légitimité ; on ne voulait pas retourner au gouvernement des prêtres : que restait-il ? le gouvernement des intérêts. Ce fut celui qu’on adopta. Et, soyons juste, il était impossible, en 1830, qu’on n’arrivât pas à cette conclusion. Aussi fut-elle accueillie à une si puissante majorité, qu’on dut y reconnaître le vœu national.

Il semble, au premier abord, qu’il n’y ait presque pas de différence entre la Charte de 1814 et celle de 1830 ; que le pays ait seulement changé de dynastie, mais sans changer de principes ; et que l’acte qui dépouilla Charles X et transmit l’autorité à Louis-Philippe ne fut qu’un acte de justice populaire envers le dépositaire infidèle de l’autorité.

Ce serait entièrement méconnaître la portée de la Révo-