Page:Proudhon - Manuel du Spéculateur à la Bourse, Garnier, 1857.djvu/278

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« C’est un établissement de la plus haute importance. — Il mérite de fixer l’attention par le nom de ses fondateurs. — Il fera sensation dans le monde. — Il marquera sa place dans l’histoire. — Il liquidera avant peu. — C’est une machine de guerre à l’usage des administrateurs. — Les profits seront pour la direction, et les pertes pour les actionnaires… »

Aujourd’hui, après quatre ans d’expérience, l’opinion n’est pas encore faite. Est-ce, comme l’a dit un avocat célèbre, la plus grande maison de jeu du monde, dont les directeurs voient dans les cartes ? ou bien, suivant l’opinion de la partie adverse, est-ce une Société qui offre les garanties les plus considérables, dont les statuts ont été discutés au point de vue des intérêts publics ?

Nous avons eu l’occasion d’exprimer notre opinion sur la Compagnie générale lorsqu’elle en était à ses débuts, et bien que cette appréciation à cette époque pût paraître prématurée, présomptueuse, téméraire, nous ne nous sommes pas trompé d’un iota sur son compte. Le premier Rapport, fait à l’assemblée générale du 29 avril 1854, a même cru devoir combattre, sans nous citer, quelques-unes de nos conclusions. Nous n’avons qu’à compléter nos observations d’il y a trois ans.

La première pensée de la Société du Crédit mobilier fut conçue peu après la révolution de juillet par M. É. Péreire, alors l’un des membres les plus distingués de l’école saint-simonienne ; elle fut publiée dans le Journal du Commerce du 6 septembre 1830 sous le titre de Compagnie d’Assurances mutuelles pour l’escompte des effets, etc., et adressée à la commission du gouvernement, à tous les banquiers et négociants principaux de Paris, et à tous les membres de la chambre des députés. Nous avons sous les yeux ce projet, auquel les statuts de la Société du Crédit mobilier n’ont rien ajouté d’essentiel, et que son auteur présentait alors comme un échantillon de la valeur organisatrice de la doctrine saint-simonienne.

Ce souvenir ne constitue pas sans doute un renseignement pour les spéculateurs, qui, à l’époque dont nous parlons, ne connaissent du saint-simonisme que des caricatures, des