Page:Proudhon - Manuel du Spéculateur à la Bourse, Garnier, 1857.djvu/54

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guerre d’États, guerre révolutionnaire ! Or, depuis 1848, la Bourse, un instant à la démocratie, est redevenue absolutiste et conservatrice. Peut-elle permettre à ses chefs, rois et empereurs, de se battre ?…

Les événements se précipitent : 1854 débute par une baisse de 1 fr. 25 : le 3 0/0 reste à 72 20. En vain les journaux d’opinion républicaine prennent parti pour la guerre, et encouragent de leur appui désintéressé le gouvernement impérial ; en vain celui-ci, pour rendre cœur au capital, ordonne une nouvelle transportation de révolutionnaires à Lambessa ; en vain on répand la nouvelle d’une dernière conférence, et l’on se berce de l’espérance que le sultan consentira à traiter seul à seul avec le tsar. Le feu est aux poudres ; les têtes s’enflamment, la presse patriotique, en France et en Angleterre, fulmine contre l’ambition de Nicolas ; défaits en Asie, les Turcs obtiennent quelques avantages sur le Danube. D’oscillation en oscillation, le 3 0/0 tombe, le 2 février, à 67 50.

À ce moment, une étoile de salut semble se lever sur le monde capitaliste, entrepreneur et propriétaire. Le prince Napoléon est envoyé à Bruxelles ; une ligue, une sainte-alliance nouvelle est projetée entre la France, l’Angleterre, l’Antriche, la Prusse, la Belgique, la Turquie, et tous les États qui voudront y accéder, contre le tsar. Afin de donner à cette ligne une signification non équivoque, on la proclame tout à la fois contre la Russie et contre la révolution : ni républicaine ni cosaque, tel est le mot d’ordre, renouvelé et modifié de celui de Napoléon à Sainte-Hélène, de cette étrange coalition. Le thermomètre de la Bourse répond à la pensée des diplomates : en trois jours, le 3 0/0 monte de 2 fr. 10, à 69 60.

Mais, ô spéculateurs malavisés, ne voyez-vous pas qu’en retournant les rôles, vous vous jetez dans un système illogique, impossible ? que si le tsar se présente avec tant de confiance à la lutte, c’est qu’il se sent le représentant de 80 millions de Gréco-Slaves, dont la haine séculaire appelle la fin de l’empire turc, et pour qui l’expulsion des Ottomans est la révolution ? que vous prononcer ainsi, et par un même