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prises sur les apparences qui nous frappent, et par là même dénuées le plus souvent de réalité objective, mais dont l’influence sur nos jugements n’est pas moins prédéterminante que celle des premières catégories. En sorte que nous raisonnons tout à la fois, et d’après les lois éternelles et absolues de notre raison, et d’après les règles secondaires, ordinairement fautives, que l’observation incomplète des choses nous suggère. Telle est la source la plus féconde des faux préjugés, et la cause permanente et souvent invincible d’une multitude d’erreurs. La préoccupation qui résulte pour nous de ces préjugés est si forte que souvent, alors même que nous combattons un principe que notre esprit juge faux, que notre raison repousse, que notre conscience réprouve, nous le défendons sans nous en apercevoir, nous raisonnons d’après lui, nous lui obéissons en l’attaquant. Enfermé comme dans un cercle, notre esprit tourbillonne sur lui-même, jusqu’à ce qu’une observation nouvelle, suscitant en nous de nouvelles idées, nous fasse découvrir un principe extérieur qui nous délivre du fantôme dont notre imagination est obsédée.

Ainsi, nous savons aujourd’hui que par les lois d’un magnétisme universel dont la cause reste inconnue, deux corps, que nul obstacle n’arrête, tendent à se réunir par une force d’impulsion accélérée que l’on appelle gravitation. C’est la gravitation qui fait tomber vers la terre les corps qui manquent d’appui, qui les fait peser dans la balance, et qui nous attache nous-mêmes au sol que nous habitons. L’ignorance de cette cause fut l’unique raison qui empêcha les anciens de croire aux antipodes. « Comment ne voyez-vous pas, disait après Lactance, saint Augustin, que s’il y avait des hommes sous nos pieds, ils auraient la tête en bas, et tomberaient dans le ciel ? » L’évêque d’Hippone, qui croyait la terre plate, parce qu’il lui semblait la voir telle, supposait en conséquence que, si du zénith au nadir de différents lieux on conduisait autant de lignes droites, ces lignes seraient parallèles entre elles ; et c’était dans la direction de ces lignes qu’il plaçait tout mouvement de haut en bas. De là il devait naturellement conclure que