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d’après le consentement de tous les hommes et les progrès de l’esprit humain, à quelles conditions le gouvernement est juste ; la condition des citoyens, juste ; la possession des choses, juste ; puis, élimination faite de tout ce qui ne remplira pas ces conditions, le résultat indiquera tout à la fois, et quel est le gouvernement légitime, et quelle est la condition légitime des citoyens, et quelle est la possession légitime des choses ; enfin, et comme dernière expression de l’analyse, quelle est la Justice.

L’autorité de l’homme sur l’homme est-elle juste ?

Tout le monde répond : Non ; l’autorité de l’homme n’est que l’autorité de la loi, laquelle doit être justice et vérité. La volonté privée ne compte pour rien dans le gouvernement, qui se réduit d’une part, à découvrir ce qui est vrai et juste pour en faire la loi ; d’autre part, à surveiller l’exécution de cette loi. — Je n’examine pas en ce moment si notre forme de gouvernement constitutionnel remplit ces conditions : si, par exemple, la volonté des ministres ne se mêle jamais à la déclaration et à l’interprétation de la loi ; si nos députés, dans leurs débats, sont plus occupés à vaincre par la raison que par le nombre : il me suffit que l’idée avouée d’un bon gouvernement soit telle que je la définis. Cette idée est exacte : cependant nous voyons que rien ne semble plus juste aux peuples orientaux que le despotisme de leurs souverains ; que chez les anciens, et dans l’opinion des philosophes eux-mêmes, l’esclavage était juste ; qu’au moyen-âge, les nobles, les abbés et les évêques trouvaient juste d’avoir des serfs ; que Louis XIV pensait être dans le vrai lorsqu’il tenait ce propos : l’État, c’est moi ; que Napoléon regardait comme un crime d’État de désobéir à ses volontés. L’idée de juste, appliquée au souverain et au gouvernement, n’a donc pas toujours été ce qu’elle est aujourd’hui ; elle est allée se développant sans cesse et se précisant de plus en plus, tant qu’enfin elle s’est arrêtée au point où nous la voyons. Mais est-elle arrivée à sa phase dernière ? Je ne le pense pas : seulement comme le dernier obstacle qui lui reste à vaincre vient uniquement de l’institution du domaine de propriété que nous avons conservée,