Page:Proudhon - Qu’est-ce que la propriété.djvu/59

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une faculté sans sujet ; elle existe pour l’être humain qui n’est pas encore conçu, pour l’octogénaire qui n’est plus. Et pourtant, malgré ces merveilleuses prérogatives qui semblent tenir de l’éternel et de l’infini, on n’a jamais pu dire d’où vient la propriété ; les docteurs en sont encore à se contredire. Sur un seul point ils semblent d’accord, c’est que la certitude du droit de propriété dépend de l’authenticité de son origine. Mais cet accord est ce qui fait leur condamnation à tous : pourquoi ont-ils accueilli le droit avant d’avoir vidé la question d’origine ?

Certaines gens n’aiment point qu’on soulève la poussière des prétendus titres du droit de propriété, et qu’on en recherche la fabuleuse, et peut-être scandaleuse histoire ; ils voudraient qu’on s’en tînt à ceci : que la propriété est un fait, qu’elle a toujours été et qu’elle sera toujours. C’est par là que débute le savant Proudhon dans son Traité des droits d’usufruit, mettant la question d’origine de la propriété au rang des inutilités scolastiques. Peut-être souscrirais-je à ce désir, que je veux croire inspiré par un louable amour de la paix, si je voyais tous mes pareils jouir d’une propriété suffisante, mais… non… je n’y souscrirais pas.

Les titres sur lesquels on prétend fonder le droit de propriété se réduisent à deux : l’occupation et le travail. Je les examinerai successivement, sous toutes leurs faces et dans tous leurs détails, et je rappelle au lecteur que, quel que soit celui qu’on invoque, j’en ferai sortir la preuve irréfragable que la propriété, quand elle serait juste et possible, aurait pour condition nécessaire l’égalité.


§ 2. De l’occupation, comme fondement de la propriété.


Il est remarquable que dans les conférences tenues au conseil d’État pour la discussion du Code, aucune controverse ne s’établit sur l’origine et le principe de la propriété. Tous les art. du titre II, liv. 2, concernant la propriété et le droit d’accession, passèrent sans opposition et sans amendement. Bonaparte, qui sur d’autres questions donna tant de peine à ses légistes, n’avisa rien à dire sur la propriété.