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RÉCITS DU LABRADOR

traîner encore quelques années vers l’avenir. Je laisserai les esprits étroits et les ignorants, que l’on rencontre, hélas ! dans toutes les situations sociales, me reprocher quelque temps encore, la folie douce mais persistante dont ils me croient atteint. Je vous parlerai seulement de ses bêtes au milieu desquelles j’ai vécu, au milieu desquelles je voudrais toujours vivre, au milieu desquelles il me serait doux de mourir.

Les bêtes du Labrador, qui donc les connaît mieux que moi ? Je ne les ai pas étudiées en naturaliste, il est vrai, je ne saurais les empailler ; mais je les ai tant fréquentées, tant pratiquées, tant aimées, qu’elles ont ouvert pour moi, toutes grandes, les portes qui me séparaient de leur instinct, de leurs mœurs. — De leur instinct. J’ai protesté quelque part contre ce mot vide de sens quand il s’applique aux bêtes, et je sens que vous protestez ou que vous protesterez un jour avec moi.

Vous connaissez le lièvre ? Vous en avez mangé, n’est-ce pas ? Vous le savez indispensable au civet ? Peut-être même l’avez-vous chassé, l’avez-vous pris, l’avez-vous tué ? Mais vous ignorez, j’en suis sûr, qu’il change de sexe. Oh ! je n’affirme pas ce fait étrange, et je crois, malgré ce qu’en disent les planteurs de la côte, qu’il est permis de douter. Ce que j’affirme