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RÉCITS DU LABRADOR

des pommes de terre quelques jours avant qu’ils puissent voler. Leur chair est, à ce moment, encore très tendre, sans aucun goût d’huile ou de poisson, et rappelle d’assez près le poulet rôti. Plus tard elle devient coriace, très dure et d’une saveur atroce. Leurs parents les nourrissent abondamment de poisson frais, de crustacés sortant de l’eau, de mollusques tout bâillants. Jamais ils ne leur servent de chair putréfiée, et l’entraînement que les larinés de ce genre éprouvent pour les corps pourris paraît être une dépravation particulière à leur âge adulte et à leur âge mûr.

Le goëland, que je crois mauvais époux, est également assez mauvais père. Il défend sa progéniture en planant, en tournoyant au-dessus d’elle à une très grande hauteur et en assourdissant de cris variés et désagréables le chasseur qui la poursuit. La femelle semble s’y intéresser devantage et fait mine, lorsque vous tournez le dos ou que vous avez le soleil dans les yeux, de fondre sur vous du haut des airs, comme eût dit M. de Chateaubriand ; mais elle renouvelle rarement cette mauvaise manœuvre, qui lui vaut toujours un coup de fusil. Puis, une fois les petits capturés et tout espoir d’effrayer ou d’attendrir le chasseur s’étant envolé, père et mère en prennent leur parti sur-le-champ avec la