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RÉCITS DU LABRADOR

Lofe en plein !

C’était plus facile à commander qu’à exécuter, et ma chaloupe, gênée par son canot, qu’elle traînait à la toue et que nous ne pouvions embarquer, dérivait sous l’effort de la lame et s’approchait peu à peu des brisants. Cependant le vent fraîchissait encore et ce fut le salut pour nous en cet instant.

Nous arrivâmes un peu, et l’embarcation reprenant son air, nous reprîmes la direction du large. Il était temps !

Lorsque nous avions viré de bord, nous étions à trois milles à l’ouest de Kegaska, le long des sables de Natashquan. Il fallait nous éloigner à tout prix de cette plage inabordable avec les vents qui dépendent du sud et nous luttâmes plus de deux heures pour mettre deux milles entre nous et les brisants que nous avions si péniblement évités.

La situation, malgré la distance parcourue, ne s’était pas beaucoup améliorée. La mer commençait à casser autour de nous et mon bateau ouvert, de vingt pieds de quille à peine, offrait peu de garanties de sécurité. L’eau entrait souvent par-dessus le plat-bord, et j’avais toutes les peines du monde à la rejeter à mesure qu’elle nous envahissait. J’étais mouillé jusqu’aux os et dans l’impossibilité de rouler une