Page:Puyjalon - Récits du Labrador, 1894.djvu/36

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page a été validée par deux contributeurs.
35
RÉCITS DU LABRADOR

Nous venions de franchir la Pointe aux Anglais.

Je dépassais le baume, je bordai l’écoute. Nous étions hors de danger. La chaloupe charriait grand train vers le havre du petit Natashquan, où nous entrions une heure après.

— Philippe !

— Monsieur ?

— Prenons un coup ?

— Oui, monsieur.

Et nous prîmes un coup avec recueillement ; nous en prîmes un second et nous allumâmes, lui sa pipe, et moi une cigarette.

— Tout de même, Philippe, nous l’avons échappé belle.

— Oui, monsieur.

— Ah ! ah !

Comment m’étais-je fourré dans cette galère où j’ai failli laisser la peau de mon engagé et très probablement la mienne ? Je vais vous le dire, c’est très simple. Par ânerie. Eh ! mon Dieu, oui, par pure stupidité.

Lorsque je résolus de quitter Kegaska, le temps avait la plus triste apparence du monde. J’en fis la remarque à Philippe. Celui-ci, qui ne partageait pas ma manière de voir, se mit à sourire. Ce sourire agaça le peu d’amour-propre qui me res-