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RÉCITS DU LABRADOR

produite par ses piétinements. Elle dépose alors ses œufs au milieu du nid ainsi préparé. Quand elle quitte sa couvée, elle la recouvre du duvet débordant, et dissimule celui-ci au moyen de quelques feuilles sèches ou de quelques brindilles herbeuses appartenant aux plantes environnantes. Toutes ces précautions sont prises au moment de la couvaison et avec une telle adresse, qu’il est souvent difficile de découvrir un nid d’eider. Il est bien rare que la première ponte, se composant ordinairement de six ou huit œufs, ne soit point enlevée par les chasseurs. Mais rien n’égale la persévérance de la moniac, et quoiqu’il soit facile de lire dans la facture de son nid et dans le nombre toujours décroissant des œufs qu’il contient, le découragement du malheureux animal, elle renouvelle ses efforts jusqu’à quatre fois. La seconde ponte ne dépasse pas cinq œufs et le duvet qui les enveloppe est moins abondant. La troisième produit de deux à trois œufs et le duvet n’existe pour ainsi dire plus. La quatrième et dernière consiste en un seul œuf, déposé sur le sol, sans choix, sans herbe et sans duvet, quelquefois sur la roche nue elle-même. La source est désormais tarie. Pendant toute la durée de ces pontes accidentées de déceptions et de douleurs, le mâle gravite autour des lieux qu’habite sa femelle.