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RÉCITS DU LABRADOR

qui sera sa dernière parure avec la robe de velours noir qui recouvre les parties inférieures de son corps. Cette transformation est complète le troisième été.

Vers la fin du mois de mars, les mâles se rapprochent des femelles et l’on ne tarde point à les voir, voletant deux à deux à la recherche des lieux propres à dissimuler à tous les regards les fruits de leur amour. Autrefois les nids de ces animaux se rencontraient uniformément sur le bord de la mer ; il n’en est plus ainsi aujourd’hui.

Les plus éprouvés par la persécution des chercheurs d’œufs, se réfugient près des mares et des petits lacs qui encombrent le littoral, choisissant de préférence ceux dont les approches sont défendues par les haies d’épinettes rabougries et inextricables. Néanmoins, la majeure partie des vieux couples retournent, en dépit des tribulations sans nombre qui les attendent, au lieu où naquit leur ancienne couvée.

Leur choix définitivement arrêté, la famille se construit un nid qu’elle place généralement sous les arbrisseaux ou au milieu des herbes et des mousses qui croissent spontanément sur les roches de nos îlots. Elle piétine le sol, le recouvre avec le duvet qu’elle arrache de sa poitrine, le disposant de telle sorte qu’une partie puisse déborder les lèvres de la légère dépression