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RÉCITS DU LABRADOR

l’autre se porte au-devant du péril et cherche à le détourner en attirant sur elle l’attention et les coups, combattant à grands coups d’aile et de bec lorsqu’elle veut repousser les attaques du frappe-canard et du grand goëland ; voletant autour de l’homme, plongeant près de son canot, essayant de convaincre le chasseur sans entrailles à quel point la capture lui serait facile s’il voulait abandonner la poursuite de ses petits. A-t-il la cruauté de tuer la pauvre bête qui essaie de lui donner le change, il parvient très vite près des jeunes eiders qui s’empressent de plonger à qui mieux mieux, avec une vigueur et une persistance vraiment admirables chez de si jeunes animaux.

Ces derniers s’accroissent avec rapidité et, malgré l’époque presque toujours tardive de leur éclosion, commencent à voler dès les premiers jours de l’automne. En octobre, les familles disséminées se rassemblent et finissent par se concentrer sur certains points choisis du golfe.

Ces agglomérations sont quelquefois énormes. J’ai vu les moniacs et les canards plongeurs se lever en si grand nombre, près de l’îlot du Rac, situé à trois quarts de mille de la roche des perroquets où j’habitais alors, que l’une des extrémités de la bande atteignait la pointe ouest de mon rocher,