Page:Puyjalon - Récits du Labrador, 1894.djvu/45

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page a été validée par deux contributeurs.
44
RÉCITS DU LABRADOR

pendant que l’autre touchait encore les battures de l’îlot du Rac.

Lorsque l’hiver est dans toute sa rigueur la glace se forme très vite, et la neige en tombant en accroît l’épaisseur. Les banquises naissent, se rapprochent, se soudent les unes aux autres, et bientôt envahissent la surface de la mer jusqu’à l’horizon. On ne voit plus qu’une plaine de glace aux limites inconnues, coupée ça et là par des lacs d’eau salée. Ces lacs, presque toujours placés près des îlots du large et sur des hauts fonds, sont dus à la force des courants et aux sources sous marines. Ce sont ces lieux privilégiés qu’adoptent les eiders et les bucéphales pour lutter ensemble contre les rigueurs de la saison dure. Là, rien ne les empêche de plonger à la recherche des mollusques, des varechs et des crustacés qui leur servent de nourriture.

On conçoit, sans qu’il soit nécessaire de l’expliquer, combien la chasse de ces oiseaux est difficile pendant la période des grands froids. Au printemps, il n’en est pas ainsi. Les lacs qui leur ont servi d’asiles, s’agrandissent peu à peu sous l’influence des courants et de la température. Les banquises se fractionnent et bientôt se mettent en mouvement. Dès cet instant les groupes se reforment, les plongeurs disparaissent et les eiders se dirigent vers les