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RÉCITS DU LABRADOR

pêcheur, qui s’en aperçut, me dit d’un air très mystérieux et très grave :

— Je vais vous expliquer ça.

D’abord, il me conta l’histoire du pauvre diable que je vous ai narrée plus haut ; puis il dit :

— « Il y a trois ans environ, Johnny, qui a coutume de faire la fête de temps à autre, revenait en barge de Th… où il était allé en commission. Il était plein comme une morue ; mais le temps était beau, la mer tranquille, et il naviguait en chantant à tue-tête, ayant toujours eu le whiskey très gai.

« Arrivé à l’anse du Trépassé, il entendit tout à coup, tout près de lui, une voix qui lui criait : « Jette-moi la haussière, Johnny. » — Il n’en fit pas de cas. La voix renouvela sa prière ; il continua à chanter. À la troisième supplication, Johnny, impatienté, se leva en sacrant et, saisissant la haussière de sa barge, il la lança en disant :

« — Prends-la donc, ivrogne, depuis le temps que tu la demandes !…

« Au même instant, son embarcation fut transportée sur l’entablement où vous en avez trouvé les débris, et Johnny, quoique dégrisé par la frayeur, eut toutes les misères du monde à reprendre ses sens et à gagner sa maison, où il arriva deux jours