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RÉCITS DU LABRADOR

de milliards de ses descendants. Quelle fécondité effrayante ! Cela fait froid dans tous les membres, n’est-ce pas ?

Néanmoins cet être, que la patience du plus grand saint ne saurait supporter sans malédictions, est, dit-on, fort utile.

Il assainit les eaux croupissantes en se nourrissant, lorsqu’il est encore en très bas âge, des matières en putréfaction qu’elles contiennent. En nous piquant, lorsqu’il est adulte, il introduit dans notre organisme un liquide qui nous rend moins accessibles aux atteintes des fièvres paludéennes.

Les qualités que l’on prête à cet insecte ne sauraient atténuer en rien la haine féroce que je lui porte.

Je désire son extermination complète, absolue, au milieu des plus cruels tourments. Je voudrais inventer pour lui les plus affreux supplices et je rêve de voir tous les maringouins réunis sur un pal gigantesque, haletant leur dernier soupir.

Je suis cependant d’une nature benoîte et clémente, mais ils m’ont tant mordu ! Je ne connais pas une partie de ma personne qui ait été à l’abri de leurs atteintes. Ils ont transformé mes surfaces les plus abritées en vallées mamelonnées et démangeantes, mes organes les plus délicats en cucurbitacées violacées et rugueuses.

Je pardonne au « moustique à collier