Page:Quatremère de Quincy - Considérations morales sur la destination des ouvrages de l’art, 1815.djvu/63

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application ? Ce n’est plus un effet, que celui qui n’est pas reçu.

Il y a une loi générale de la nature, qui, liant le plaisir au besoin, veut que tout ce qui plaît soit utile, et que tout ce qui est utile soit agréable. Telle est la force de cette loi dans tous les ouvrages des Arts, que les choses les plus agréables en soi cessent de l’être ou de le paraître, alors que rien n’en montre la nécessité. Le plus beau des péristyles qui, dans un édifice, ne conduirait nulle part, n’y serait qu’un magnifique défaut. Les images poétiques accumulées sans nécessité, les plus rares agrémens de l’art du chant trop prodigués, lassent notre esprit et fatiguent notre oreille. Ce qui est vrai dans l’exécution des ouvrages l’est encore plus dans l’emploi qu’on en fait : j’ai besoin de les trouver utiles, pour les trouver tout-à-fait beaux.


Ce n’est pas que j’entende contester aux collections classiques des ouvrages de l’Art toute espèce d’utilité. À dieu ne plaise que, dans l’état actuel, on prive l’artiste de leur secours ! ce que je combats, c’est l’abus moral des collections, c’est leur excès, c’est le principe mal entendu de