Page:Quinet - Œuvres complètes, Tome VIII, 1858.djvu/314

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laisse s’en allaient par mille et mille sentiers, l’oreille basse, le chef enclin, chercher leur Dieu qui fuit plus loin ; et toujours dévoyés, l’un fouille l’abîme, l’autre passe, et puis regarde, qui se dépite, qui retourne en arrière, qui pousse un cri dont la terre tremble ; et chacun se remet en quête, et veut hurler à son tour, et dévorer avant le soir sa part d’une ombre.



Saint Marc.

Depuis la terre-sainte, dis-moi quels passants tu as rencontrés.



Le Lion.

Quand je suis revenu, tous les empires étaient finis, toutes les villes étaient désertes. Je n’ai rencontré que le temps qui descendait sur la grève pour remplir son sablier de la cendre des morts, et Mob, sur son cheval pâle, qui demandait dans les bruyères s’il restait encore un brin d’herbe vivant. Je n’ai entendu qu’Ahasvérus qui soupirait quand j’ai passé, et qui buvait ses larmes dans le creux de sa main.



Saint Marc.

C’en est assez. Retourne à présent, si tu veux, dans ton pays de Nubie.



Le Lion.

Maître, que ferais-je à présent dans la Nubie ou dans la Palestine ? Les sentiers sont effacés.

Pas un voyageur n’y passe dans la nuit.

Laissez-moi me coucher ici pour toujours à vos pieds. Mieux que le ciel vide qui pendait sur mon front, j’aime ici mon dais d’or de sequins. Mieux que cette mer immense qui n’a plus de pilote et murmure sans Dieu, j’aime le pan de votre manteau béni. Mieux que ce soleil qui s’éteint à la voûte des hommes, j’aime votre lampe pleine d’huile ; mieux que cette âme désolée qui se traînait sur mon chemin, j’aime l