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ABO

s’emploie proverbialement et familièrement pour se récrier avec emphase contre une chose qui choque les usages reçus.

« L’abomination de la désolation, dit Bossuet, est la même chose que les armées des payens autour de Jérusalem… Le mot d’abomination, dans l’usage de la langue sainte, signifie idole. Les armées romaines portaient dans leurs enseignes les images de leurs césars et de leurs dieux ; ces enseignes étaient aux soldats un objet de culte ; et parce que les idoles, selon l’ordre de Dieu, ne devaient jamais paraître dans la terre sainte, les armées romaines en étaient bannies… Quand Jérusalem fut assiégée, elle était environnée d’autant d’idoles qu’il y avait d’enseignes, et l’abomination ne parut jamais tant où elle ne devait pas être, c’est-à-dire dans la terre sainte et autour du temple. »

abondance. — Abondance de biens ne nuit pas.

Proverbe sur lequel Voltaire a très spirituellement enchéri par ce joli vers, qui est aussi devenu proverbe :

Le superflu, chose très nécessaire.

Mais il n’est pas absolument vrai que l’abondance ne nuise point, car elle amène quelquefois des inconvénients fâcheux, comme le remarque cet autre proverbe : Abondance engendre fâcherie ; et d’ailleurs elle est regardée par les philosophes comme contraire au bonheur, qui ne se rencontre guère que dans un état frugal, entre la pauvreté et les richesses, suivant l’expression de Fléchier.

L’abondance des biens de la terre nous rend nécessiteux de ceux du ciel.

C’est-à-dire que l’effet ordinaire des richesses est de détourner ceux qui les possèdent de la pratique des vertus chrétiennes. Le Saint-Esprit, dans la Bible, appelle les richesses des trésors d’iniquité ; et le Sauveur, dans l’Évangile, les signale comme le plus grand obstacle au salut : de là ce proverbe ascétique, qui a servi et qui servira encore de texte à plus d’un sermon, sans guérir personne de l’envie des richesses.