Page:Régnier - Escales en Méditerranée.djvu/100

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à la fois précieuses comme des bijoux et répugnantes comme des glaires. Elles tenaient de l’apparition et de la déjection. Sous la poussée de quel courant leur peuple nomade s’était-il rassemblé là ? Lunaires, elles faisaient penser à du jade phosphorescent et, à l’œil, on les devinait visqueuses en leur glauque gélatine. D’où venaient-elles ces vagabondes ? Bien souvent j’avais rencontré leurs pareilles sur les plages de l’Atlantique où la marée les abandonne et où, vite, à l’air, elles se ternissent, perdent leurs reflets et ne sont bientôt plus que de pauvres ordures marines, mais jamais comme aujourd’hui je n’avais assisté à la réunion de leur mystérieuse cohue, montée des profondeurs de la mer jusqu’à la surface où elles affleuraient irisées, opalines, bleuâtres, innombrables, autour de ce yacht blanc qui les contemplait, lui aussi, du rond regard méduséen de ses hublots.




Nous sommes en face de l’entrée du canal. Devant nous s’étend, rectiligne, une étroite allée d’eau unie et qui traverse toute la largeur de l’isthme de Corinthe. De chaque côté s’élèvent en pente les parois de la montagne dans laquelle on a pratiqué cette profonde