Page:Régnier - Escales en Méditerranée.djvu/109

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canal de l’Euripe s’insinue et va en se resserrant jusqu’à Chalchis où il atteint son point le plus étroit et son extrême étranglement. Sur ses belles eaux bleues nous naviguons lentement contre la force sournoise et sous-marine des courants. Les heures passent, toutes peuplées encore d’images athéniennes. Athènes et ses beautés prennent vite place dans le souvenir et une place qu’on y sent immuable. Les diverses impressions éprouvées se répartissent et se mettent en ordre dans la mémoire. Un sentiment grave et profond les domine, celui d’avoir accompli un acte important, d’avoir posé le pied sur un sol sacré d’où l’on emporte une sorte de contentement serein, de paix heureuse. J’ai près de moi, sur le pont où je suis étendu dans un fauteuil accueillant, une photographie représentant la Victoire à la sandale dénouée du petit musée de l’Acropole et une reproduction de la coupe d’or du Trésor funéraire des Atrides où, dans le métal, s’affrontent des taureaux. J’y laisse tomber la cendre légère des cigarettes que je fume, et dont le bout doré va rejoindre le fin résidu cinéraire...




Nous avons jeté l’ancre devant Chalchis et