Page:Régnier - Escales en Méditerranée.djvu/11

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mon enfance honfleuraise, j’ai gardé le goût des choses de la mer. Depuis, j’ai toujours aimé les horizons de ciel et d’eau, le rythme des vagues, l’ondulation des algues, l’odeur de l’air salin, la forme des coquillages, le gonflement des voilures, la fierté des étraves, la courbe des coques, la vivante beauté des navires. La vue d’une boussole ou d’une ancre m’a toujours fait rêver.

Cet attrait pour la mer, je l’ai emporté en moi, quand j’ai quitté la petite ville normande pour le Paris où s’est achevée mon enfance et où s’est écoulée ma jeunesse. Paris avait pour moi sa mer intérieure : son bassin des Tuileries où voguait toute une flottille minuscule. Que d’heures j’ai passées autour de sa margelle de pierre à suivre des yeux les fortunes de mon sloop ou de ma goélette !... J’y ai assisté à des combats, à des régates et aussi à des naufrages. Parfois la retombée du haut jet d’eau était fatale à nos escadres qui avaient aussi parfois affaire avec le bec des cygnes, redoutable aux voilures et aux gréements, mais, malgré ces déboires inévitables, j’ai goûté là de grands plaisirs. Vint ensuite celui des longues lectures : livres de voyages