Page:Régnier - Escales en Méditerranée.djvu/12

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et d’aventures, le temps où l’on ne rêve que corsaires, pirates, flibustiers, boucaniers, hache d’abordage, coutelas entre les dents, îles désertes, récifs de corail, aiguades et biscuit de mer, gallons d’eau douce et bouteilles de rhum. Le vent fait flotter aux mâts les pavillons ; les hunes se balancent, les fanaux s’allument, l’équipage est sur le pont, on inonde la soute aux poudres, le capitaine n’a pas quitté son banc de quart. On sombre, perdus corps et biens, le radeau...

Lorsque je levais les yeux de dessus mon livre, j’apercevais de ma fenêtre couler la douce Seine. Son cours paisible s’en allait lentement vers l’Estuaire où je l’avais vu se confondre au flot salé de la Manche. Parfois le cri d’une sirène déchirait l’air fluvial. Un remorqueur passait traînant une file de chalands. Parfois, dans mes promenades, je m’arrêtais devant la frégate amarrée auprès du Pont-Royal. J’admirais son antique prestance marine, fière encore quoique ses sabords fussent sans caronades et, sans voiles, ses vergues, mais je m’en éloignais bientôt pour rôder un instant autour du bassin des Tuileries, que sillonnait toujours sa flottille minuscule. Je n’étais déjà plus d’âge à prendre part à ces jeux et j’allais chercher ailleurs mes plaisirs nautiques.