Page:Régnier - Escales en Méditerranée.djvu/13

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Je les trouvais au Musée de Marine que le Louvre abritait à son plus haut étage en des salles, basses de plafond et dont le plancher n’était pas ciré. Sauf le dimanche, elles étaient peu fréquentées et je pouvais librement coller mon nez aux glaces des vitrines qui contenaient des instruments de navigation et des modèles de vaisseaux de toute jauge et de navires de tout gabarit. Tout y est de la plus minutieuse exactitude ; il ne manque ni un filin, ni une poulie. Vaisseaux de haut bord, ou de commerce, corvettes et bricks, toutes les variétés navales y sont représentées. J’allais des unes aux autres avec une curiosité passionnée. Aucun détail n’échappait à mon attention. Je savais le nombre des paires de rames de la belle galère, toute peinte et toute dorée, qui, avec ses pavillons fleurdelysés, semblait prête à prendre la mer. Que de fois je m’y suis embarqué en pensée, tandis qu’aux angles de la salle les grandes figures de proue en bois doré se cambraient aux sons muets des conques torses où soufflaient à pleines joues des Tritons écailleux !

Bien souvent j’entendais ainsi résonner en moi l’appel de la mer, mais le temps vint où il n’arrivait jusqu’à moi qu’à travers les brumes mélancoliques où errait ma jeunesse inquiète. Les chemins qu’elle avait suivis ne