Page:Régnier - Escales en Méditerranée.djvu/158

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Au Bezestin. De galerie en galerie je suis arrivé au quartier des joailleries. On n’y voit pas les trésors d’Haroun al Rachid ni les pierreries de la caverne d’Aladin, mais il est amusant de plonger la main dans des couffins remplis de petites turquoises, de semences de perles ou de pierres de lune. Tandis que je rôdais de boutique en boutique, une vieille mendiante m’a suivi et, comme je ne faisais pas attention à elle, elle a, de sa main, frôlé ma manche très doucement. Je me suis retourné et, cette main, elle me l’a tendue, une main très vieille, mais très petite, une main recroquevillée et fine, comme une feuille morte, une main d’enfant, et, quand j’y ai déposé mon offrande, j’ai vu le visage de cette mendiante, un très vieux visage, mais encore très beau, très charmant, s’animer soudain d’un lointain reflet de lointaine jeunesse au contact humblement magique du plaisir que causait à sa pauvreté la pièce d’argent qu’elle tenait, comme un talisman, sur sa paume étendue.

Cette nuit, j’ai revu en rêve ma mendiante du Bezestin, quelque pauvre Arménienne ou quelque misérable Grecque, car elle n’était pas voilée, et elle est devenue dans mon rêve un personnage de Conte d’Orient. J’errais à travers les galeries d’un immense bazar, mais