Page:Régnier - Escales en Méditerranée.djvu/159

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il n’était pas, comme celui de Stamboul, rempli d’une foule en costume moderne où le cône rouge du fez est la seule tache de couleur vive. Non, les marchands aussi bien que les promeneurs étaient singulièrement et magnifiquement vêtus. Accroupis au seuil de leurs boutiques, sur des nattes ou sur de riches tapis, ces marchands formaient un spectacle pittoresque et varié. Drapés d’étoffes brillantes, ils présentaient d’étranges visages sur lesquels se lisaient les passions mercantiles : le lucre, la tromperie, l’avidité, la ruse, l’avarice. Tous ces hommes eussent vendu leur âme pour un peu d’or. Il y en avait de gros comme des outres gonflées, de maigres et comme desséchés, de très vieux aux barbes chenues, de très jeunes au menton glabre. Quelques-uns, gigantesques, pliaient l’échine ; quelques-uns, presque des nains, se redressaient. Tous avaient une expression de bassesse servile, mais leurs yeux luisaient et leurs mains griffues semblaient prêtes à agripper leur proie. Les uns comptaient des pièces de monnaies, les autres palpaient des bourses vides et ils se considéraient entre eux avec une envieuse haine, épiant la foule qui défilait continuellement devant leurs boutiques. A cette foule j’étais mêlé, elle me coudoyait, me pressait. Elle était étrangement disparate. Toutes les races de l’Orient sem-