Page:Régnier - Escales en Méditerranée.djvu/164

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clos, les voitures des « cadines » où siègent, à côté des cochers, les eunuques noirs. Dans le silence on entend le froissement du vent dans la soie d’un drapeau, le bruit sur le sol du sabot d’un cheval qui s’impatiente.

C’est fini. La porte de la mosquée s’ouvre sur un flot de généraux, de vizirs, de dignitaires, de hauts fonctionnaires. Broderies, chamarrures, décorations, fez écarlates. Une calèche basse attend, attelée de deux chevaux piaffant, longues queues, longues crinières. Le Sultan y monte seul, prend les guides et enlève l’attelage au galop. Derrière la voiture, quelques-uns cramponnés à la capote, dignitaires, vizirs, généraux, fonctionnaires, les vieux, les gras, les maigres, tous courent à toutes jambes, cohue servile et grotesque, s’essoufflent, se bousculent pour ne pas être trop distancés et s’engouffrent par la porte du Palais, à la suite du maître, et sur eux la porte referme ses lourds battants. Pour une semaine le Padischah sera à l’abri des attentats, à moins que, dans le Palais même, on ne lui prépare quelque mauvais café ou quelque souple lacet, mais Abdul Hamid a une bonne police. Il a une bonne police, mais il a peur. Je reverrai longtemps cette pâle et longue figure à barbe grise, ces yeux furtifs, ces deux mains nerveuses croisées sur le pommeau du