Page:Régnier - Escales en Méditerranée.djvu/165

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sabre, du sabre qui ne protège pas de la balle du revolver ou des éclats de la bombe.




A travers Péra, vers un de ses lointains quartiers, la voiture nous conduit au rendez-vous pris avec Loti pour voir danser une danseuse arménienne. Au bout de cette longue course nocturne, nous arrivons à une large voie déserte. Il est tard. Nous frappons à la porte d’une maison isolée. On nous ouvre. Nous suivons un couloir, nous traversons un jardinet et on nous fait entrer dans une salle qu’éclairent des lampes à pétrole, et qui est garnie de chaises de paille, une salle de cabaret de banlieue où nous trouvons Loti qui nous a devancés. Le lieu est assez misérable et n’a rien d’engageant. Enfin, par une porte que nous n’avions pas vue, sur une sorte d’estrade apparaît l’Arménienne. Elle est petite, trapue, grasse, mais le visage est noble et beau par la régularité des traits qu’animent de sombres yeux au profond regard velouté. Elle chante en dansant ; elle chante, d’une voix rauque et grave, des paroles que nous ne comprenons pas sur un air monotone, coupé de brusques sursauts, de pauses, et qui accompagne les mouvements de ses bras, d’une