Page:Régnier - Escales en Méditerranée.djvu/166

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forme très pure. Elle chante et danse en agitant une écharpe d’étoffe rouge dont les paillettes scintillent. Tantôt le beau visage est gracieusement souriant, tantôt pathétique, tantôt douloureux, tantôt ardemment voluptueux et cette danse harmonieuse, à la fois violente et chaste, met un peu de poésie en ce misérable décor de guinguette pérote. La danse est terminée, l’Arménienne nous salue et disparaît. Les lampes à pétrole n’éclairent plus que des murs nus, des chaises de paille. Une vaste lune ronde luit dans le ciel au-dessus du jardinet.

En nous quittant Loti nous annonce que le Vautour va aller exécuter des tirs dans la Marmara ; ensuite il remontera le Bosphore pour s’ancrer devant Thérapia où les Ambassades se transportent pour l’été.




A l’échelle d’Eyoub nous avons pris des caïques pour remonter, selon l’usage du vendredi, la rivière des Eaux-douces d’Europe qui a son embouchure au fond de la Corne d’Or et s’enfonce dans une charmante vallée entre de fraîches prairies et de beaux ombrages. Il y a affluence de caïques en cette douce fin de journée. Bord à bord, proches parfois à se toucher, parfois arrêtés par un